School Stories

Enseignante , Un métier dont le salaire est : "Merci"

 

 

 

En commençant à enseigner à l’école publique de BELABO en octobre 1980, j’imaginais que ce ne serait qu’une brève étape de ma carrière. Le directeur m’a recruté en complément d’effectifs juste pour pallier l'absence des enseignants refusant leur affectation dans ce coin perdu de l’Est du Cameroun.

J’ai essayé ardemment d’obtenir un matricule à l’éducation nationale ou une forme de reconnaissance officielle, peine perdue. Je ne me souviens plus à quel moment précisément, je me suis résignée à rester sur place. Le fait est que j’ai passé presque quarante ans comme maîtresse suppléante, toujours suppléante dans une minuscule école du Lom-et-Djerem.

Être éducatrice allogène dans un village n’est pas chose facile . Lorsqu’on parle de salaire de catéchisme , on sous-entend qu’il s’agit du plus bas versé à un travailleur. Mais pendant plus de dix ans j’ai été payée 32.000 Fcfa mensuellement . La direction s’est résolue à arrondir mon salaire à 40.000 en 1992 après avoir constaté mon importance “stratégique”. 

En effet , pour les vrais enseignants , c'est-à-dire ceux ayant un matricule , BELABO n'est qu’une courte période de sacrifice avant d’obtenir une affectation à Yaoundé , Douala ou Bafoussam .

 Le roulement de personnel était si important qu’au bout de 6 ans j’étais l’éducatrice la plus ancienne de l’établissement . Tous arrivaient et repartaient au plus vite . Certains ne défaisaient pas totalement leurs bagages par crainte de s'accommoder .Le directeur qui a consenti à me donner une augmentation était le troisième en six ans .

 

À ma grande chance , les petites bourgades du pays ne sont pas délaissées uniquement par les enseignants . Toutes les personnes qui trouvent des opportunités dans les grandes métropoles ne s’y attardent pas.Toutefois , l’idée de “construire au village” reste bien ancrée dans la mentalité du Bantou . Par conséquent, il y avait une abondance de logements presque gratuits .Des maisons construites par des autochtones mises en location juste pour donner une chaleur humaine .

 

D’autre part , jusqu’aux années 2000 , un régime de plantain , une bouteille d’huile de palme , un sac de manioc ou de la viande de brousse étaient encore des produits que les villageois pouvaient se passer de vendre .Les locaux avaient l’habitude de gratifier les instituteurs , médecins et infirmiers en place pour le remercier , les Gendarmes et autres autorités pour les amadouer. Sans compter les années qui passaient , j’ai vécu presque quatre décennies de faveurs et cadeaux pour me loger et me nourrir . Le salaire de catéchisme servait essentiellement à vêtir mon unique enfant et aux soins médicaux.

 

Sans matricule, sans contrat formel, personne n’a songé à me mettre en retraite. Les jeunes directeurs qui défilaient, m’appelaient “maman” et m’ont toujours témoigné le respect dû à l'ancienneté. 

Un immense respect qui ne s’est jamais transformé en espèces sonnantes.

 

À la longue, l’augmentation des prix a fait que les dons de vivres deviennent plus spartiates. Puis le propriétaire de mon logement, arrivé à l’âge de la retraite, retournant au village a récupéré son bien.

 

                            L'école publique d'Akok 2 , de nos jours .

 

À ma grande surprise, un collectif de la localité a mis une parcelle de terrain à ma disposition en juin 2019. J’ai découvert que certains de mes anciens élèves étaient devenus maçons, d’autres menuisiers. Une petite case a été construite pour moi sans que je ne débourse un radis. Plusieurs fois par semaine des notables locaux, élèves d’antan envoient des jeunes m’aider dans des travaux champêtres .

Chaque fois que je me rends au Centre de santé d’AKOK des infirmiers et médecins accourent pour s’occuper de "maîtresse Alima”.

j’aurai vécu avec presque rien, mais jusqu’à la fin mon salaire sera “ Merci la maîtresse

 

@Maestra Alima